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Le procédé réel n'est jamais celui qui est écrit

Par · · 7 min de lecture

Entre la gamme opératoire et ce qui se fait au poste, il y a toujours un écart. Cet écart n'est pas un dysfonctionnement : c'est de l'information.

C'est le constat qui a le plus changé ma façon de travailler, et il m'a pris plusieurs années à accepter.

D'où vient l'écart

Une gamme décrit un procédé dans des conditions nominales : matière conforme, équipement en état, environnement stable. Ces conditions ne sont pas permanentes.

Les opérateurs absorbent les variations — un lot de matière un peu différent, un outillage qui commence à fatiguer, une condition d'ambiance qui a bougé. Ils le font par des ajustements qui ne sont écrits nulle part et qui, souvent, ne sont même pas conscientisés comme des écarts.

Ce que l'opérateur fait en plus de la gamme, c'est ce que la gamme ne sait pas gérer. Le supprimer sans comprendre revient à retirer un amortisseur.

Pourquoi ça fait échouer les projets

Un chantier d'amélioration part en général du procédé décrit. On optimise, on standardise, on supprime ce qui paraît superflu.

Et l'on découvre au démarrage que l'un des gestes supprimés compensait une dérive connue de tous au poste et de personne au bureau. Le rendement chute, on incrimine la résistance au changement, alors qu'on a retiré une compensation.

Comment faire remonter cette information

Ce que ça implique

Qu'une amélioration se conçoit avec ceux qui tiennent le poste, pas seulement pour eux. Ce n'est pas une position sociale — c'est que l'information nécessaire n'existe qu'à cet endroit.

Et qu'il faut prévoir un retour en arrière possible. Les chantiers qui se passent le mieux sont ceux où la reprise de l'ancien mode reste techniquement possible pendant quelques semaines.

Portrait de Olivier Thuillier

Rédacteur en chef · Industrie & Production

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